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Retour sur le débat en ligne : « Les Régions, garantes de l’accès à la formation pour toutes et tous ? »

Retour sur le 4ᵉ débat en ligne de la CPOF

Comment garantir un accès à la formation pour toutes et tous dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de réalités territoriales très différentes ? La question était au cœur du 4ᵉ débat en ligne de la Conférence Permanente des Organismes de Formation (CPOF), organisé le 23 septembre 2026 dont vous pouvez retrouver le replay sur les chaînes youtube de la Fédération nationale des UROF et du Synofdes.

Animé par le journaliste Fabien Claire, le débat a réuni Jean-Pierre Willems, consultant et expert du droit du travail, du droit social et de la formation professionnelle, et Emmanuel Georges-Picot, conseiller éducation, formation et emploi de Régions de France.

Cette rencontre s’inscrit dans une année de travaux de la CPOF, engagée dans une démarche de construction collective de propositions pour l’avenir de la formation professionnelle. Les échanges du débat viennent ainsi nourrir les réflexions qui seront portées lors du colloque national des 4 et 5 novembre 2026.

La formation professionnelle, une question profondément territoriale

Pour Jean-Pierre Willems, le rôle des Régions doit d’abord être replacé dans une réalité essentielle : les questions d’emploi et de formation sont éminemment territoriales.

Certaines régions sont confrontées à des difficultés de recrutement et d’autres connaissant des niveaux de chômage très élevés. Or, lorsqu’une personne perd son emploi, sa recherche et son retour à l’emploi s’inscrivent généralement dans un périmètre géographique relativement restreint autour de son lieu de résidence.

« L’action réelle et la capacité d’accompagnement, elle est strictement territoriale. »

Cette dimension territoriale explique le rôle confié aux Régions en matière de formation professionnelle, en lien avec leurs autres compétences en matière d’aménagement du territoire, de développement économique et de transports.

Emmanuel Georges-Picot souligne que l’action régionale vise notamment l’accès à la qualification et la professionnalisation des demandeurs d’emploi. Les dispositifs régionaux accueillent notamment des publics peu ou pas qualifiés, des demandeurs d’emploi de longue durée, des bénéficiaires du RSA ou encore des personnes résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Pour lui, les Régions jouent ainsi un rôle d’« ensemblier dans la proximité », en adaptant leurs politiques aux caractéristiques et aux besoins de leurs territoires.

Une équation de plus en plus difficile : répondre aux besoins avec moins de moyens

Derrière cette responsabilité territoriale se pose toutefois une difficulté majeure : la diminution des moyens consacrés à la formation.

Jean-Pierre Willems pointe un paradoxe : alors même que les besoins sont territorialisés, les moyens d’intervention des différents acteurs locaux se réduisent. Il évoque notamment la diminution des capacités d’intervention territoriale de France Travail et des OPCO.

Emmanuel Georges-Picot revient sur l’évolution des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (PRIC). Ces pactes reposent sur une contractualisation entre l’État et les Régions et souligne la diminution de la contribution de l’État en 2026 et l’annonce de la suppression pour 2027. Le désengagement de l’État se traduit par environ 40 000 places de formation en moins dans les programmes régionaux en 2026.

Pour les organismes de formation, ces évolutions peuvent avoir des conséquences particulièrement importantes. Jean-Pierre Willems note que le secteur est composé majoritairement de TPE et de PME, dont les capacités financières et de trésorerie sont souvent limitées. Dans ce contexte, les variations brutales de financement fragilisent rapidement le tissu de formation local.

Restaurer une relation de confiance avec les organismes de formation

Cette fragilité renvoie directement à la manière dont les Régions et les autres financeurs construisent leurs relations avec les organismes de formation.

Jean-Pierre Willems alerte notamment sur le risque d’une logique de contrôle trop poussée dans les politiques de financement. Pour lui, l’enjeu est de trouver un équilibre entre le contrôle de l’utilisation des fonds publics et la capacité à laisser suffisamment de marge pour expérimenter et innover.

« On ne finance plus que ce qu’on est capable de contrôler. »

Il appelle ainsi à retrouver davantage de confiance et des modalités de financement suffisamment souples pour permettre le développement de nouvelles formes pédagogiques, au-delà des formats traditionnels.

Emmanuel Georges-Picot partage cette nécessité de limiter les contrôles au strict nécessaire tout en garantissant la bonne utilisation des fonds publics. Il souligne également le rôle des Carif-Oref et des équipes régionales dans l’accompagnement et la professionnalisation des acteurs de la formation.

Sortir de la logique de « stop and go »

La question de la prévisibilité des financements apparaît alors comme un enjeu central.

La forte croissance du marché de la formation entre 2020 et 2023 a conduit de nombreux organismes à développer leurs activités sur la base d’une économie de croissance. La période actuelle de contraction oblige désormais le secteur à adapter rapidement ses structures et son modèle économique.

Pour Jean-Pierre Willems, cette transition est particulièrement difficile lorsque les organismes ont peu de capacité à absorber les variations d’activité. Il souligne également le paradoxe des politiques publiques : les financeurs doivent à la fois respecter les règles de la commande publique et préserver un tissu d’acteurs capable d’assurer durablement une offre de formation sur les territoires.

D’où l’importance, évoquée à plusieurs reprises pendant le débat, de la pluriannualité et d’une meilleure visibilité donnée aux organismes de formation.

Emmanuel Georges-Picot confirme que les Régions travaillent d’ores et déjà à leurs plans pour 2027 et les années suivantes, tout en reconnaissant que la question du niveau de commande reste ouverte. Pour lui, l’objectif est notamment d’éviter les effets de « stop and go » et de donner des perspectives aux acteurs du territoire.

Mutualiser pour préserver le maillage territorial

Face à la contrainte budgétaire, le débat a également permis d’identifier plusieurs pistes pour maintenir une offre de formation de proximité.

Emmanuel Georges-Picot évoque la mutualisation des plateaux techniques, en particulier lorsque des infrastructures existent déjà dans les lycées professionnels, les CFA ou d’autres structures. Le recensement de ces équipements peut permettre de mieux les utiliser et de rapprocher les lieux de formation des publics.

Jean-Pierre Willems appelle à repenser les investissements eux-mêmes. Il cite notamment l’exemple d’un plateau technique dans le secteur du bâtiment conçu pour pouvoir évoluer d’un métier à l’autre, ainsi que celui d’un plateau technique mobile destiné aux frigoristes.

« Chaque contraction budgétaire nous impose d’être plus innovants, plus imaginatifs et plus créatifs. »

L’enjeu est ainsi de privilégier des investissements plus modulables, plus ciblés et parfois plus mobiles, capables de s’adapter aux évolutions des besoins des territoires.

De nouveaux modèles de coopération entre organismes

La mutualisation ne concerne toutefois pas uniquement les équipements. Elle peut également s’appliquer aux organismes de formation eux-mêmes.

Interrogé sur la possibilité de mutualiser alors que les organismes sont également en situation de concurrence, Jean-Pierre Willems observe que les partenariats entre organismes et CFA se sont au contraire fortement développés ces dernières années.Il cite l’exemple de territoires où plusieurs organismes intervenant dans un même domaine ont choisi de mieux répartir leurs activités et leurs parcours, plutôt que de se livrer une concurrence systématique.

« La concurrence, ce n’est pas un horizon indépassable. »

Il s’agit de passer d’une logique consistant à se demander « contre qui je me bats » à une réflexion sur « avec qui je peux me développer ». Conventions, partage de moyens, mutualisation de ressources ou regroupements constituent autant de modalités possibles.

Les Régions peuvent également avoir un rôle d’impulsion, notamment pour faciliter la coopération autour des équipements et des infrastructures, tout en tenant compte des règles de la commande publique.

Quelle égalité d’accès à la formation demain ?

Au terme des échanges, une question demeure centrale : que signifie concrètement garantir l’égalité d’accès à la formation ?

Jean-Pierre Willems invite à distinguer l’égalité formelle de l’égalité réelle : appliquer les mêmes règles partout ne signifie pas nécessairement répondre de manière équivalente aux besoins des personnes et des territoires.

Cette question prend une importance particulière dans un contexte de réduction des financements. Les Régions pourraient être amenées à définir des priorités plus fortes, en fonction de leurs réalités socio-économiques respectives. Emmanuel Georges-Picot souligne que cette réflexion stratégique est actuellement en cours au niveau des Régions.

Pour autant, une idée ressort clairement de ce débat : maintenir l’accès à la formation partout sur le territoire suppose de préserver les acteurs, les infrastructures et les coopérations qui permettent de construire cette offre au plus près des besoins.

À l’heure où les politiques de formation connaissent une nouvelle phase de transformation, le rôle des Régions apparaît donc plus que jamais lié à leur capacité à conjuguer proximité, adaptation, visibilité et coopération.

Ces enjeux s’inscrivent concrètement dans les réflexions portées par la CPOF et les propositions de sa plateforme en ligne, dans la perspective de son colloque national des 4 et 5 novembre 2026, consacré à « Se mobiliser pour (trans)former- nos solutions dès 2027 ».


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